Cycle « Politiques de la poésie » – Luciano Pellegrini (Università dell’Aquila), Légitimité et innovation : autour de la poésie des années 1820

Vendredi 4 décembre 2026

14h-15h30

Argumentaire :

Les relations entre poésie et philosophie s’ouvrent, on le sait, sur une exclusion brutale : celle par laquelle Platon retranche les poètes de la cité idéale. Mais la modernité littéraire n’a cessé de signaler la puissance politique de la poésie, jusqu’à ce que Victor Hugo puisse affirmer que tout poème est un acte et assigner à l’écrivain la responsabilité de l’intervention sociale. Plus récemment, Alain Badiou a repris, dans L’Être et l’Événement, ce « geste platonicien », invitant, pour reprendre les mots de Jacques Rancière, à « congédier les poètes pour que la philosophie puisse soutenir une politique du vrai ». Rouvrir aujourd’hui le dossier de la confrontation entre poésie, philosophie et politique ne consiste pas à recenser la variété des engagements poétiques. Ce premier cycle du séminaire « Politiques de la poésie » voudrait plutôt examiner les opérations par lesquelles le poème travaille et relance les formes de l’expérience collective.

Programme de la séance :

L’appartenance des premiers romantiques au camp légitimiste est loin de constituer une simple donnée idéologique, extérieure à leurs choix esthétiques. Leur conservatisme politique informe en profondeur les expériences poétiques des années 1820 et continue d’en déterminer certains présupposés bien au-delà des conversions et des déplacements politiques ultérieurs. Cette articulation apparaît de manière particulièrement nette chez Victor Hugo. Au milieu des années 1820, bien avant qu’il n’associe explicitement le romantisme à la liberté, puis à l’héritage de 1789, Hugo élabore, dans le cadre même de sa culture monarchique et légitimiste, les principes d’une poétique nouvelle : redéfinition de l’autorité littéraire, rapport renouvelé à la tradition, conception historique des formes, revendication d’une liberté de l’écrivain qui ne se confond pas encore avec le libéralisme politique. Or ces principes, tout en changeant de signification au gré de l’évolution idéologique de l’auteur, demeureront remarquablement stables au fil des décennies. À partir de Hugo, mais en replaçant son parcours dans le contexte plus large de la poésie de la Restauration, la conférence se proposera ainsi d’interroger un paradoxe constitutif du premier romantisme : comment une culture politique fondée sur la légitimité, la continuité et l’héritage a-t-elle pu devenir l’un des lieux d’élaboration les plus féconds de l’innovation poétique ?

Luciano Pellegrini s’est formé à Pise. Il est actuellement professeur « associato » de Langue et littérature françaises à l’Université de L’Aquila. Ses recherches portent sur la littérature française de la fin du XVIIIᵉ siècle à la fin du XIXᵉ siècle (Barthélémy, Marmontel, A. Chénier, Chateaubriand, Lamartine, Flaubert, Baudelaire). Mais il est surtout spécialiste de Victor Hugo : il a publié une monographie sur la poésie de Hugo des années 1830 (ETS, 2018) et de nombreux articles sur la poésie hugolienne, allant de la toute première jeunesse du poète jusqu’aux recueils célèbres de la maturité. Il s’est penché aussi sur le théâtre et la production romanesque de Hugo. Actuellement il est attelé à la rédaction de la première biographie de Victor Hugo en italien, pour Carocci.
Il est aussi traducteur : à signaler notamment sa traduction en alexandrins italiens (martelliani) à rimes plates d’une comédie de Molière (Sganarelle ou le Cocu imaginaire, Bompiani 2013).
Il a également édité les publications posthumes de F. Orlando (1934-2010) : la nouvelle édition de Gli oggetti desueti nelle immagini della letteratura (Einaudi 2015), Il soprannataurale letterario (Einaudi 2017), In principio Marcel Proust (nottetempo), et sa nouvelle édition de Per una teoria freudiana della letteratura vient de paraître chez Quodlibet.

UCLouvain Saint-Louis Bruxelles, salle P61